A – Pop, l’album de Tyla, est-il réellement un flop ?
Il y a maintenant quelques semaines, Tyla nous a dévoilé son très attendu second album, « A-Pop » et le moins qu’on puisse dire, c’est que les avis sont assez mitigés. Certaines qualifient même déjà l’album de flop. J’avoue avoir moi-même n’avoir accroché à l’album qu’au bout de plusieurs écoutes, et non dès la première écoute, comme cela a été le cas pour son premier album, « Tyla ».
D’où est parti le décalage ?
Le décalage entre l’album, les attentes et la réaction du public est parti de la promotion de cet album. En effet, vu la promo très colorée, très neon et très pop, la plupart du public s’attendait à un album hyper dansant de A à Z. Une fois qu’il a eu l’album entre les mains et qu’il a constaté que ce n’était pas réellement la DA du produit fini, il y a tout bonnement eu de la confusion face à cette divergence entre la promo et l’album sorti.
Ceci a donc causé le fait que beaucoup ont eu du mal à rentrer dans l’univers de cet album et à réellement lui laisser une chance de convaincre. Même si, personnellement, je ne misais pas sur une DA dansante, je m’attendais plutôt au type de pop qu’elle a fait sur « Crazy of Me » et « I don’t care », j’avoue avoir eu moi-même du mal à rentrer dans l’album, à la première écoute. Je l’ai même qualifié d’album mid. Mais je lui ai tout de même laissé l’opportunité de me convaincre.
En plus, les chiffres ne jouaient pas forcément en faveur de cet album, car il a eu un démarrage plus bas que l’album précédent de Tyla. Preuve que des deux paramètres que j’ai mentionnés dessus.
Cependant, la question est de savoir : cet album est-il réellement un flop ?
A – Pop est-il réellement un flop ?
Honnêtement ? Non !
Pourquoi ? Parce qu’A-Pop est littéralement le genre d’album qui devient digeste, au fur et à mesure qu’on l’écoute, à condition de le laisser vous amener dans son univers et de vous familiariser avec lui tout simplement.
Je vais prendre mon propre exemple, pour illustrer ces propos.
Si à la première écoute, je n’ai pas aimé l’album et que je l’ai trouvé mid, je lui ai tout de même laissé sa chance, car j’ai eu une expérience similaire avec Ronisia.
En effet, en 2023, lorsque Ronisia nous a dévoilé son second album, « Era 24 », il m’a fallu un certain temps afin de rentrer dans ce nouvel univers, tant il était différent de son premier album, qui était plus varié en termes de sonorités. De cette expérience, j’ai donc laissé à « A-Pop » l’opportunité de me convaincre et je l’ai écouté plusieurs fois. Après plusieurs écoutes et maintenant que je suis totalement imprégnée de ce nouvel opus, je puis dire que j’aime beaucoup cet album et que je l’écoute en boucle.
Vrai mélomane sait que pour se faire un avis réel, il faut écouter un album, plusieurs fois !
This is the type of album you have to sit with and give it time!
Je sais donc d’expérience que parfois, quand les deux premiers albums d’un artiste sont hyper différents, notamment lorsque le premier a été un énorme succès et que le second est un peu expérimental niveau son et/ou niveau genre, le décalage est assez compliqué à gérer pour un mélomane.
Pour revenir sur « A-Pop », je dirais même que cet album montre une certaine évolution de Tyla, par rapport à sa musique et par rapport à elle-même.
On sent une Tyla qui fait plus d’expérimentation autant avec le son qu’avec les prods. Les instrus sont plus fines, plus travaillées, plus précises et ont plus de particularités que sur son premier album.
Elle joue également plus avec sa voix, notamment avec les placements et la manière dont elle pose sur les instrus.
En termes de textes, de snippets de clips, etc.… on sent une Tyla qui grandit et qui entre de plus en plus dans la phase de sa vie, où elle se découvre en tant que jeune femme, qui quitte sa peau d’adolescente et qui rentre tout doucement dans sa peau de jeune femme.
Une démarche pas encore aboutie
Cependant, il faut également être honnête sur un autre point et je pense qu’en réalité, c’est le point focal qui a cristallisé les réactions mitigées des Tygers : l’album n’est pas encore abouti.
Quelqu’un sur les réseaux sociaux en avait parlé et j’ai trouvé son analyse très accurate. Je vais donc me permettre de paraphraser le tout : on attendait en fait d’elle qu’elle aille un peu plus au bout de sa démarche.
Tyla a pour ambition de devenir une immense pop-star et actuellement travaille à créer sa propre signature artistique, qui lui permettrait de se distinguer grâce à ses sonorités pop et africaines. Donc, je pense que ce qui est en réalité reproché à cet album, c’est surtout qu’on sent qu’il n’est pas encore abouti.
Et à vrai dire, c’est tout à fait compréhensible. En tant que mélomane, il est important d’avoir en tête que maintenant, Tyla est en phase d’expérimentation avec sa musique, afin de trouver sa réelle griffe artistique. Il est donc normal que pour le moment, on ait encore l’impression que ses sonorités et ses textes ne sont pas encore aboutis.
Tous les artistes ne trouvent pas leur griffe artistique réelle du premier coup. En réalité, il y en a très peu qui la trouvent rapidement. Il faut du temps aux artistes pour expérimenter, se tromper, voir ce qui fonctionne ou pas, et arriver enfin à avoir le mélange qui, à la fois, leur correspond réellement, parle au public et leur permet d’élargir leur sonorité et leur horizon, tout en gardant cette griffe artistique et en faisant du chiffre.
Ce qui m’emmène à mon dernier point, pour ce billet.
Notre responsabilité en tant que public
Nous sommes de plus en plus nombreux à nous plaindre que la musique actuellement manque d’âme et d’originalité, qu’elle est plus conçue pour les algorithmes, notamment celui de TikTok, et que les artistes font et refont à l’infini la même formule qui a marché et qu’ils ne se réinventent pas.
Dans le même temps, nous sommes le même public qui n’hésite pas à dézinguer et à critiquer de manière ardue un artiste lorsqu’il sort un peu des carcans. Les réseaux sociaux ont tellement réduit notre capacité à la patience et à la concentration que nous pressurisons les artistes pour nous sortir des « bangers », mais n’hésitons pas à les crucifier littéralement lorsqu’ils sortent un son ou un projet qui n’est pas à la hauteur de nos attentes ou qui sort de ce qu’ils proposent d’habitude.
Nous devons, en tant que collectif, réapprendre à laisser les artistes évoluer, expérimenter, se tromper et recommencer, sans émettre de critiques aussi dures et sans trop se concentrer sur les chiffres, les streams, etc. Beaucoup d’excellents projets n’ont pas beaucoup de streams et se trouvent même parfois sur des plateformes comme SoundCloud, tandis que des projets mid ont des nombres de streams titanesques.
Ce n’est donc pas un gage de qualité de la musique.
Apporter une critique constructive à un artiste qu’on admire est toujours une bonne chose, mais à condition d’avoir laissé au projet sa chance, sans verser directement dans le « c’est nul, les chiffres sont nuls » et en étant empathique dans l’approche. À la fin de la journée, les artistes restent des humains comme nous, ne l’oublions pas !
Réapprenons donc à apprécier réellement la musique pour ce qu’elle est, à laisser les artistes se développer sereinement dans leur identité, à être plus indulgents et à avoir la critique constructive plus facile.
Xoxo
Ilénia

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